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1980 à 2021 : un chantier de plus de 40 ans

1980 est l’année de tous les changements pour Vincent Mengin-Lecreulx. La naissance de sa fille Aurélia, événement marquant, déclenche une succession de bouleversements dans sa vie : le premier voyage à La Réunion d’où sa compagne Roselyne est originaire, le coup de foudre pour l’île où il décide de s’établir pour le reste de sa vie, l’échafaudage d’un plan de maison et un projet de construire en même temps qu’une oeuvre, une vie autour de l’art contemporain. Après avoir acheté un champ de cannes à sucre, il a fallu le sculpter au bulldozer avec des moyens financiers très limités, construire des murs de soutènement un peu partout, ramener une centaine de camions de terre, planter du gazon récupéré dans les ravines et enfin planter les premiers palmiers, cocotiers, jacarandas, bananiers, etc.… Après s’être débarrassé de toutes ses addictions parisiennes, Vincent les a remplacés par une seule : la nécessité de construire. Pendant plus de 40 ans il s’est acharné à bâtir d’abord une maison-atelier, puis une résidence d’artistes et de nombreux ateliers, un musée baptisé « Le Palais aux 7 Portes » en hommage au facteur Cheval dont il se sent une filiation artistique, la Case Mille Masques en duo avec Errô, la Case à outils en complicité avec Christian Jaccard, et à présent, en 2021, l’Ultime Chantier pour construire son dernier atelier.

Vincent Mengin-Lecreulx et Marco, le fidèle maçon qui est là depuis le début de cette aventure singulière, démarrent le chantier du Palais aux 7 Portes en 1996.

1981 à 1984 : La Maison-atelier

En franchissant la ligne de l’équateur, toute l’énergie d’autodestruction accumulée depuis 32 ans au plus profond de l’âme de Vincent s’est subitement inversée pour devenir une véritable force de construction. Ça a commencé insidieusement par dessiner les plans et construire une maison atelier pour abriter la famille sur l’île natale de Liline. A cet instant, personne ne pouvait prévoir qu’ils en prenaient pour 40 ans de chantier…

Les chantiers du Lieu d'Art Contemporain de La Réunion
Vincent s’est inscrit en maçonnerie générale à la Chambre des métiers pour pouvoir construire lui même sa « maison-atelier » en 1981. Il a gardé sa patente et a été son seul client pendant 40 ans de chantier.

1984 à 1985 : La famille et l’architecture du jardin

Rien n’est plus efficace pour construire une famille que de construire en parallèle un lieu où chacun va prendre sa part. La maison en premier bien sûr pour abriter les Mengin, et le jardin qui va accompagner et encourager leurs efforts pendant des années pour enfin révéler aujourd’hui toute sa générosité luxuriante.

Les chantiers du Lieu d'Art Contemporain de La Réunion
Roselyne accompagne Vincent dans cette aventure heureusement interminable qui relie projet de vie et projet artistique.
Les chantiers du Lieu d'Art Contemporain de La Réunion
Toute la famille Mengin est sur le pont pour inventer un jardin merveilleux et encourager Vincent dans sa tâche.

1985 à 1987 : La Résidence d’artistes

Entre temps, Pablo est né en musique et les Mengin décident d’inviter des artistes en résidence chez eux, il faudra donc construire un lieu dédié à cette nouvelle activité. Vincent dessine à nouveau les plans et en profite pour construire une vaste galerie d’exposition qui va pouvoir montrer le travail des artistes de passage dans les meilleures conditions. Ce bâtiment a été inauguré le 4 octobre 1987 par Madame Chirac et Michel Debré.

Les chantiers du Lieu d'Art Contemporain de La Réunion
Le chantier de la Résidence d’artiste en 1986 et quelques années plus tard.
Inauguration officielle de la Résidence d’artistes par Bernadette Chirac et Michel Debré le 4 octobre 1987.

1987 à 1989 : Le LAC en construction

Et si, au lieu de terrasser, on fabriquait une retenue d’eau, un grand bassin. Cette fois, on est dans la création pur d’inventer un paysage pour de vrai, sans se contenter de simplement le dessiner ou le peindre en le laissant dépérir sur la toile. Un projet exaltant qui finira par inspirer le titre générique de cette aventure artistique singulière, le lac, et plus exactement le LAC, Lieu d’Art Contemporain de La Réunion.

Les chantiers du Lieu d'Art Contemporain de La Réunion
Le chantier du grand bassin du LAC en 1988 et quelques années plus tard.

1989 à 1991 : Un terrassement à échelle humaine

Quand les moyens financiers sont limités, il faut alors envisager d’étirer le calendrier de travaux dans le temps. Une interminable et merveilleuse promenade pour s’inventer et construire son propre paysage comme on construit une œuvre.

Les chantiers du Lieu d'Art Contemporain de La Réunion
Le terrassement du jardin en 1989 et quelques années plus tard.

1996 à 1999 : Le Palais aux 7 Portes

Au cours des années, durant leurs résidences, 28 artistes ont investi les 7 portes du lieu d’accueil, à raison d’un quart de porte chacun. Pour montrer cette collection unique de Portes au public sans déranger les artistes dans leur intimité, Vincent Mengin imagine, dessine et construit un bâtiment autour de ces portes. Il aménage pour chacun une petite pièce muséale dans laquelle les artistes reviendront installer définitivement une œuvre qui témoignera de leur passage à La Réunion. Il va combiner à l’étage un pré haut et une salle de classe pour recevoir les scolaires, un studio de prise de vue et enfin une salle d’exposition. L’inauguration officielle a eu lieu le 11 décembre 1999 en présence du Préfet de La Réunion, Jean Daubigny.

Roselyne Mengin-Lecreulx dans le chantier du P7P semble attendre déjà les visiteurs.
On peint soigneusement les 28 signatures des artistes gravées sur le pont levis du P7P.
En 2020, Vincent Mengin-Lecreulx a revisité la façade du Palais aux 7 Portes en y ajoutant les 28 « AvatOrs » des artistes qui s’accrochent désespérément à la paroi comme sur un mur d’escalade.

2002 à 2004 : La Case Mille Masques

Lors d’une de ses nombreuses résidences au LAC, l’artiste islandais Errô décide de réaliser un vaste atelier de masques avec 1000 élèves réunionnais. Les Mengin s’investissent à fond dans le projet. Roselyne réalise l’ensemble des ateliers d’arts plastiques pendant 2 ans produisant ainsi les 1000 masques pendant que Vincent réalise 1000 courts métrages sur les portraits d’élèves et leurs masques tout en construisant un petit bâtiment octogonal destiné à recevoir la collection complète : c’est la Case Mille Masques. Quand Errô arrive à La Réunion, tout est prêt pour qu’il démarre son accrochage dans la Case. C’est donc une œuvre commune que signent les deux artistes amis et complices.

Vincent Mengin-Lecreulx a construit le bâtiment pour le projet de Errô : « Mille Masques ». Depuis des milliers d’élèves sont venus découvrir la Case Mille Masques.
Intérieur de la Case 1000 Masques
Vue de l’intérieur, VML a conçu l’entrée sous-terraine afin de ne pas interrompre la continuité circulaire de l’œuvre.

2016 : La Case à Outils

Lors de sa dernière résidence d’artiste au LAC, Christian Jaccard réalise une étonnante collection d’outils poétique et demande à Vincent Mengin-Lecreulx de collaborer en construisant une case dédiée à abriter les outils. Là aussi, comme pour la Case Mille Masques, c’est une œuvre commune que signes les deux artistes amis et complices.

Construction de la Case à Outils
Vincent a dessiné l’architecture de la Case à outils et construit le petit bâtiment. On le voit ici aider à poser les tôles sur le toit.
La Case à Outils
La Case à outils terminée est gardée par l’outil monumental de Christian Jaccard : « Erectus rouge ».

Et quelques années plus tard

On élève un jardin comme on élève un gosse, ça demande un engagement et une abnégation de chaque instant. On croit souvent que pour éduquer un gamin, on en prend pour 20 ans, vaste plaisanterie, en réalité c’est bien perpette qu’on écope. Et bien pour le jardin, c’est pareil, sans fin…

Aujourd’hui, les arbres plantés par Roselyne et Vincent ont bien poussé pour transformer radicalement l’ancien champ de cannes à sucre en un merveilleux jardin parsemé de sculptures.

2021 : Un ultime chantier, l’atelier de VML

Aujourd’hui la ville arrive comme un énorme camion qui freine à peine pour se coller juste à l’arrière du Lieu d’Art Contemporain de La Réunion. Vincent Mengin-Lecreulx jette un coup d’œil rapide au rétroviseur qui lui confirme que l’urbanisation de l’île est une réalité envahissante. Il décide spontanément de reprendre sa pioche de bâtisseur pour 2 principales raisons : la première est d’ordre de la légitime défense de son droit à l’intimité visuelle et sonore. La deuxième est de l’ordre de la transmission du P7P à l’institution que les Mengin désirent organiser. Il se trouve que le principal atelier de VML est situé sur la terrasse du Palais aux 7 Portes qu’il va donc abandonner au futur projet. Logiquement, il lui faut donc construire un nouvel atelier qui aura l’avantage d’être plus adapté à ses pratiques artistiques actuelles et plus confortable. Cet ultime chantier n’est en fait que l’adaptation de la maison-atelier qui existe déjà aux nouvelles exigences de Vincent.

Vincent Mengin-Lecreulx filme l’ultime chantier et réalise une série d’une quinzaine de longs métrages sous le titre générique : « Journal de bord d’un Ultime Chantier ».